Paréidolie
- Gilles Buffet
- 10 avr. 2023
- 2 min de lecture
Un doux soleil d'avril commence petit à petit à réchauffer l'atmosphère. Depuis plusieurs semaines déjà, les chants d'oiseaux appellent le printemps, et à petits pas, presque timidement, celui-ci s'installe. Les journées se font plus longues, la température prend quelques degrés supplémentaires et des couleurs tendres apparaissent comme sous le pinceau d'un aquarelliste dans les forêts alentours ; un peu de jaune pâle, de blanc puis quelques touches de vert clair couvrent les rameaux en lisière avant l'explosion de vie qui arrivera dans quelques semaines. Les matinées sont encore fraîches et des gelées régulières réfrènent encore ces élans de sève et retardent les bourgeonnements qui pourraient se révéler imprudents.
Après un hiver particulièrement sec, le mois de mars a heureusement été pluvieux, et si les déficits de pluie cumulés ne seront pas compensés, la sècheresse de surface a pris un peu de recul. Depuis quelques jours, le ciel joue la dramaturgie et des averses parfois violentes alternent avec des accalmies de courte durée. L'azur est parsemé de moutonnements prétentieux, de reliefs contrastés ou le blanc, le gris et parfois le noir jouent à cache-cache. Parmi la multitude de formes évoluant sans cesse, un visage de vieille femme prend peu à peu la forme d'un dragon ou d'une cafetière, par glissements imperceptibles et continus, selon l'imagination du spectateur.
La recherche de formes célestes, autrement appelée paréidolie, est une activité que nous avons probablement tous pratiqué enfants, formidable terrain où nous pouvons libérer notre créativité et laisser libre cours à l'imagination et aux interprétations les plus farfelues. Le ciel ennuagé est propice aux histoires de fantômes et de chevaliers, où prennent forment sous nos yeux un bestiaire imaginaire et fantastique, des formes délirantes ou saugrenues, et chacun pourra, à sa manière et selon son humeur, y voir ce que bon lui semble. Il n'y a ici pas d'autre vérité que celle que l'on veut bien donner aux volutes, aux formes et aux nuances.
Ce spectacle à la fois banal et fabuleux, je l'avais presque oublié en enfilant mon costume d'adulte responsable et sérieux. Puis au détour d'une visite dans un village Cantalien, une exposition de peinture m'a replongé dans cette recherche interprétative sur les formes et leurs significations, le sens que le spectateur peut donner à l'œuvre de l'artiste sans vérité autre que celle que notre imagination veut bien nous fournir. De ces tableaux abstraits, l'impression de ciels torturés m'est venue à l'esprit et j'ai reconnu là des nuées familières de soir d'orages, des teintes orangées de fin du monde perçant à travers des cumulo-nimbus lourds de pluies diluviennes. Ce rappel à l'enfance, à cette observation du monde qui nous entoure a été une vraie source d'inspiration et depuis lors, je scrute les cieux à la recherche de ces contrastes et de ces reliefs, essayant de mettre en cadre la puissance brute des éléments, à la fois légers comme de la vapeur d'eau mais renfermant une énergie apte à tout balayer sur son passage.
Pour cette source inépuisable d'images, un grand merci à Fabienne

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